Depuis 5 ans le
Dans les lignes qui suivent nous
tentons de développer quelques raisons de cette option. Si celle-ci relève d’un
choix délibéré, le contenu et toutes les questions, du lien
La rencontre autour du lien entre l’expression artistique et la promotion de la santé est une opportunité de travailler la notion de participation et sa mise à œuvre. Le processus des Conférences Locales comportera plusieurs phases que nous avons découpées arbitrairement, mais il est possible que ces différentes étapes se chevauchent. Nous prévoyons un laps de temps de deux ans pour l’amorce et l’ancrage de ce projet.
Les conférences
locales viennent ainsi à point pour donner sens à la notion de promotion de la
santé, sortir d’un champs réducteur pour en donner une vision plus créative,
dynamique et plus sociale. En travaillant dans une approche de santé
communautaire, les notions de participation,
de décloisonnement et d’intersectorialité
peuvent être plus opérantes. Il s’agit de mettre à l’ouvrage ce concept de promotion de la santé.
Cette conception de
la santé pose la question de la place de chacun, de l’espace donné à
l’expression, qu’elle soit de l’ordre de la parole ou non, des moyens et des
formes pour l’encourager à émerger et se construire. Cette conception nous renvoie aussi à la reconnaissance de cette parole,
des liens sociaux, du plaisir d’être ensemble mais aussi d’agir ensemble.
Peut-on
alors explorer la piste qu’un projet et/ou une démarche d’ordre
Notre hypothèse : l’approche artistique est un axe mobilisateur et qui stimule
l’esprit critique.
« Je suis persuadé que l’art est l’expression d’une organisation sociale, de la société dans son ensemble, de ses croyances, de l’image qu’elle se fait d’elle-même et du monde ». Georges Duby, historien, in L’art et la société, Gallimard, Quarto.
En 1945, Jean Dubuffet introduit le vocable d’Art Brut et
radicalise le propos. L’Art Brut s’oppose à « l’art
Toute l’histoire de l’art brut est jalonnée par des artistes qui font connaître une forme d’expression artistique qui s’épanouit dans les institutions psychiatriques. A aucun moment l’Art brut ne se soucie de thérapie, la question thérapeutique n’est pas éludée, elle n’est juste pas posée.
Dans ce sens, l’art est une positivation du négatif, de ce qui est exclu. Créer n’est pas s’exprimer soi comme s’exprimer soi n’est pas se connaître. Créer, c’est exprimer quelque chose au travers de soi.
La démarche artistique donne accès à notre propre subjectivité.
La
L’expression
artistique permet-elle de dépasser les grands discours sur les inégalités
sociales ?
Nous vivons une
période où les mutations sociales sont liées à des mutations économiques :
des organisations productives moins favorables à une intégration de masse de
travail, la mondialisation de l’économie,…Dans ce type de contexte, le travail
ne joue plus le rôle de grand intégrateur.
La notion et les
représentations du travail comme unique mode de socialisation sont à considérer
avec réserve.
Se pose alors à
l’individu citoyen, à chaque travailleur engagé dans l’action sociale et la
promotion de la santé une série de questions :
Comment intégrer ces
personnes dans un processus de réelle participation ? Par quel biais,
respectueux de l’identité, faire émerger cette parole ?
La santé
communautaire apparaît comme une des approches pour susciter cette
participation. C’est à la communauté qu’il appartient de définir ses besoins et
de mener sa propre recherche pour identifier,
proposer, construire des solutions. La santé communautaire ne peut s’inscrire
que dans une dynamique de solidarité et de dialogue (2).
De plus, il apparaît
nécessaire voire prioritaire qu’une démocratie puisse offrir un espace
d’expression et par là témoigne d’un véritable engagement politique et de
reconnaissance de cette expression. Il s’agit bien de « donner des moyens
aux plus démunis, moyens de leur propre promotion, condition de leur accession
à l’expression politique ». (4) Il s’agit également
de créer un contexte où la rencontre de l’autre et l’ouverture seraient à voir, non pas comme un risque à prendre, mais
comme une véritable chance de régénérer des conceptions trop figées.
Notre proposition : la création artistique, un
moyen d’expression et une dynamique d’action où le langage (non seulement la
parole) tient une place.
Créer et s’exprimer au travers de techniques artistiques qu’elles soient picturales, orales, sculpturales, musicales ou autres amène plus qu’une production d’œuvres. Le créateur est interprète et s’efface dans son œuvre en y laissant une trace ; sa voix, son ton, son monde, son style …
Entendons
par langage tout moyen
d’expression, et donc prise de position.
« Créer ce n’est
pas s’exprimer soi mais laisser s’exprimer quelque chose au travers de soi» (5)
L’approche artistique
serait un moyen facilitant l’accession de l’individu à son émancipation,
concourrant à son bien-être et donc à sa qualité de vie. Elle permet de lui
donner des moyens, de lui offrir une
place et de tenir compte de ce qui est dit autrement.
La pratique de la
musique, celle de l’art en général, constitue un lieu privilégié, à l’intérieur
duquel les choses ne sont pas dites, désignées, mais se disent, d’elles mêmes.
Peut-être est-ce là
aussi le nouveau pari du débat
démocratique.
Expression artistique
et participation : mais quelle participation ?
Que l’expression
artistique soit un vecteur rassembleur qui fait lien est facilement
compréhensible.
Perçue sous cet
angle, elle présuppose qu’on ne
l’entrevoit pas comme une répétition de représentations, d’expériences,
uniquement soucieuses de divertissement renvoyant l’image
d’une « société spectacle ». Il s’agit bien ici de
développer et de promouvoir une
conception directement politique de la
Nous sommes
conscients des limites, des impasses, des dérives que peut engendrer cette
approche. Soucieux de création d’espaces conviviaux, sources d’identité et de
reconnaissance, il reste à ne pas verser
du côté de la démagogie, à ne pas instrumentaliser la
Si la
Nicolas Frize, musicien, met en garde contre cette tentation de
« faire des raccourcis en cherchant à compenser l’absence de pratiques
citoyennes par des pratiques artistiques en laissant croire que les pratiques
citoyennes consistent en des pratiques artistiques » (7)
Le concept de
participation lié aux pratiques communautaires n’est pas exempt d’ambiguïté,
de complexité, et notamment par rapport au pouvoir.
Dans quelle mesure
les décideurs politiques et les professionnels sont-ils prêts à ouvrir un
espace de parole, de revendication, de partage du pouvoir ? Qu’est- ce que cela entraîne
en terme de négociation, d’adaptation, d’évolution ?
Interrogeons-nous
également sur la prégnance du discours « participatif » qu’on
retrouve dans divers secteurs. Est-ce le nouveau masque qui cache les rapports
de pouvoir ?
La participation pose
la question de la place de la population, du professionnel et du politique, de
la proximité voire de la confusion des places.
Tout ce qui travaille au développement de la
Correspondance
entre A. Einstein et S. Freud, 1932.
Références
1. A.D.WEIL,
Invocations, Calman-Levy, 1998, P 25
2. Propos de Madame
3. Pratiquer la santé communautaire,
de l’intention à l’action, Institut Théophraste Renaudot, édit. Chronique
Sociale, 2001, p 44
4. J.L.Genard, Les pouvoirs de la Culture, Editions Labor, 2002, p.41
5. N. FRIZE, L’art, expression
d’une citoyenneté, dans Culture et Société, Actes du Colloque
organisés par les services d’éducation permanente et du secteur des centres
6. J.L. Genard, Les pouvoirs de la Culture, Editions Labor, 2002, p 48
7. N. FRIZE, L’art, expression
d’une citoyenneté, dans Culture et Société, Actes du Colloque
organisés par les services d’éducation permanente et du secteur des centres